Parler de l'intelligence artificielle, fait inévitablement surgir des images d'appareillages froids et
parfaitement inhumains.
On peut adopter toutes sortes de positions
éthiques à ce sujet, mais, quelle que soit cette position, l'étude de l'intelligence artificielle ne peut
qu'aider à mieux situer l'intelligence humaine. Le philosophe verra
dans l'étude de l'intelligence artificielle que de mieux lui faire connaître la pensée humaine.
La question de savoir si une machine est capable de penser, ou sera un jour capable de le faire, a
au moins cet aspect positif de soulever bien des interrogations.
Parmi toute une foule d'interrogations, celles que l'on rencontre le plus
fréquemment sont certainement celles liées à l'éthique
du problème: l'intelligence artificielle, est-ce un bien, est-ce un mal? Cela fait parfois trop perdre de
vue que la question fondamentale reste finalement toujours de savoir ce que signifie vraiment le
terme "penser".
Mais, la nature humaine aidant, on retrouve
également de nombreuses objections à l'idée qu'une machine pourrait un jour se mettre tout
bonnement à penser.
L'objection la plus catégorique est certainement l'objection théologique. Car il serait évidement hors de question qu'une machine développée par l'homme puisse en arriver à
penser.
On rencontre aussi une autre objection, de nature mathématique : l'homme peut affirmer des formules mathématiques qui ne sont pas démontrables, mais qui sont
vraies. Une machine ne peut accepter comme vraie une proposition qu'elle ne
peut démontrer.
On parle aussi de l'objection issue de la conscience : une machine
n'égalera le cerveau que lorsqu'elle sera capable de composer un concert à partir d'une émotion
ressentie.
Enfin, on retrouve toutes sortes d'objections telles que: une
machine n'aura jamais d'initiative, elle ne fera jamais l'objet de ses propres pensées, elle ne tombera
jamais amoureuse, elle ne fait jamais d'erreur,...
Turing a proposé un test simple, si la machine à étudier réussit ce test, on dira alors qu'elle est capable de penser.
Voir test de Turing
Les machines deviennent capables d'effectuer des actions que l'on tient, pour caractéristiques de la pensée ou de l'intelligence. Prenons le cas des jeux faisant appel à la réflexion, tel le jeu d'échecs par exemple. Lors de la création de ces systèmes de jeu, l'accent avait été mis sur la rapidité dont la machine sait faire preuve dans l'exploration systématique de tous les coups possibles. Pourtant, cette ligne de conduite a dû être abandonnée au profit de tout autre chose: l'élaboration par la machine d'une stratégie de jeu à plus ou moins long terme.
La machine à penser qu'on imagine le plus couramment est l'ordinateur, surtout dans sa forme grand public. Son application essentielle est actuellement, et depuis les débuts de l'informatique, la gestion de bases de données. On aura pu se rendre compte de l'inertie dont ces systèmes font preuve dans la mise en oeuvre de leur "intelligence". C'est pour lutter contre cette inertie que des systèmes dits "systèmes experts" ont été développés. Voir définition des èmes experts
Des capacités d'un réel apprentissage feraient certainement faire de très sérieux progrès à
l'intelligence artificielle. Et pourtant, il semble bien que cette capacité d'apprentissage ne soit pas
encore le stade ultime dans le développement de l'intelligence artificielle.
La capacité d'auto-observation
effective est sans doute ce qui manque encore complètement aux systèmes actuels d'intelligence
artificielle. Jamais l'on n'y retrouve l'émergence d'un "Moi" qui poserait ses actes de
pensée dans l'intention de se créer une vie déterminée. Jamais non plus, on n'y retrouve la
conscience de l'existence propre du système.
Intentionnalité, conscience et émergence d'un "Moi" sont trois mots dont le philosophe fera trois
clés de l'étude de l'intelligence artificielle. Le problème fondamental en est le
suivant: si par un procédé quelconque, on recrée un cerveau strictement identique à un cerveau
humain existant, cette "copie" aura-t-elle aussi conscience d'exister et de réaliser des actions qui la
conduisent vers une finalité, sentira-t-elle émerger en elle ce Moi si caractéristique de la pensée
humaine?
Elle rejoint en quelque sorte la question bien ancienne de savoir si la matière vivante se distingue
fondamentalement de la matière inerte. Autrement dit: la pensée est-elle le résultat, sans plus, de
déplacement de particules matérielles ou de création d'ondes électriques dans le cerveau de
l'homme?