Les neurones multipliés

Non, chaque homme ne dispose pas de neurones donné, au déclin inexorable.
Une équipe américaine vient de montrer que contrairement aux idées reçues, les cellules du cerveau peuvent se multiplier. Un dogme s'effondre, ouvrant des perspectives nouvelles aux spécialistes des fonctions cérébrales.

Il semblait acquis que les neurones se développaient une fois pour toutes lors des premières années de la vie, pour ensuite être voués à une lente et inexorable dégradation.
Une récente étude, menée par Fred Gage de l'institut Salk à La Jolla en Californie, vient de jeter un pavé dans la mare des idées reçues! "Pour la première fois chez l'homme, nous avons observé que des neurones apparaissent à l'âge adulte dans l'hippocampe, une région cérébrale spécialisés dans le processus de mémorisation et d'apprentissage", explique le chercheur.

La localisation de ce phénomène dans la région clé du cerveau va-t-telle bouleverser notre conception de l'intelligence?
Pour certains spécialistes, comme Olivier Robin, neuronologue à l'hôpital Cochin (Paris), "ce phénomène prouve que le cerveau, à la différence de tous les autres organes, esr apte à apprendre. Et cet apprentissage se traduit par des modifications dans les connexions entre les neurones - c'est le phénomène bien connu de la plasticité synaptique - mais aussi, comme semble le démontrer l'étude Fred Gage, par des changements dans la structure du cerveau."

Voila déjà plus de dix ans que des observations comparables ont été décrites chez les animaux. Les scientifiques se sont d'abord penchés sur le cas des rongeurs, avant qu'en 1985 Pasco Rakic, neurologue à l'université Yale aux Etats-Unis, ne relève un phénomène analogue chez les primates. "

Grâce à toutes ces expériences, nous savons que ces nouveaux neurones sont fonctionnels. De plus, il est probable que leur apparition ne se limite pas à l'hippocampe. D'autres régions cérébrales sont sûrement concernées par une multiplication cellulaire tout au long de la vie " souligne MarcPeschanski, neuroloue à l'Inserm (Créteil).
Reste que les études sur l'homme sont difficiles à mener. "Lors de la première étape de notre travail, nous avons injecté un marqueur inoffensif à cinq volontaires atteints d'un cancer, explique Fred Gage. A la suite de leur décès, une dizaine de jours à une vingtaine de mois après l'injection, l'autopsie de leur cerveau a révélé des traces de radioactivité dans l'hippocampe."
L'expliquation est la suivante : le marqueur radiocatif a migré jusqu'aux cellules qui se sont multipliées avant de se différencier en neurones. Mais pour l'instant, il est impossible d'estimer le rythme de leur développement.
"Lors de l'étude préliminaire chez la souris, nous avons estimé que chaque jour ce sont environ cinq cents cellules qui apparaissent dans l'hippocampe. Un chiffre assez faible mais significatif" précise le chercheur.
"Les dogmes s'effondrent, reconnaît Alain Privat, directeur du Laboratoire de recherche sur le développement et la plasticité du système nerveux de l'université de Montpellier.
"Nous savons désormais que certaines régions du cerveau gardent une capacité à se développer tout au long de la vie. Il est encore trop tôt pour connaître le lien exact entre la multiplication des neurones et les fonctions cérébrales d'apprentissage et de mémorisation. Le cerveau est encore une forêt vierge pour les neurologues. Mais nul doute que ce domaine de recherche est l'un des plus passionnants."
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